Spice & Wolf & économie

Posted on Monday 19 January 2009

Je suis (en cette première ligne) en début de visionnage de Spice & Wolf, et l’amateur d’économie en moi se trouve émoustillé par toutes les questions économiques amusantes sous-entendues, et franchement sous-expliquées à un public innocent. A la suite un certain nombre de réflexions infusées au fil des épisodes. Je reprends certains éléments déjà expliqués sur un autre blog, en essayant de les éclaircir.

Jeux sur la monnaie métallique (épisodes 2, 3, 4, 5)
Derrière tout cela se cache un système assez complexe, qui est expliqué assez insuffisamment dans la série. Je le décris tel que je le connais en Europe, je ne vois pas de raison à ce qu’ils soit fondamentalement différent ailleurs. Les états frappent des pièces, et en garantissent le poids et la qualité du métal. La valeur d’échange des pièces est supérieure à celle du métal : elles ont un coût de frappe, seul l’état peut le faire, et elles ont une utilité d’échange. En d’autres termes, créer de la monnaie est rentable, comme l’attestent les nombreux faux-monnayeurs qui ont fleuri en ces temps. Ce bénéfice est nommé le seigneuriage, qui était une source importante de revenu pour les états moyenâgeux. Mais ils ne s’en contentaient pas et jouaient aussi sur les cours : changement plus ou moins public de poids et qualité du métal (plus quelques autres règles de convertibilité). Quand je dis “plus ou moins public”, c’est le nœud du problème, l’information se diffusait lentement, beaucoup de monde a intérêt à mentir dans un sens ou l’autre, et la vérification est difficile. Généralement les états dévaluaient, pour récupérer de la valeur par refonte des pièces existantes et pour baisser la valeur de leur dette libellée selon leur monnaie. Cela est possible jusqu’à atteindre la valeur du métal des anciennes pièces, ou faire perdre confiance dans la monnaie. Ainsi il arrivait (rarement) que les états réévaluent. Ainsi on nous affirme (épisode 3) que les états se font une sorte de guerre pour avoir les monnaies les plus valables, mais la version réaliste est plutôt que chaque état se bat pour joindre les deux bouts en utilisant tous les trucs possibles. Par contre effectivement si la monnaie d’usage du pays est différente de celle frappée par son état, son économie est à la merci de fluctuations externes. Cela est particulièrement vrai pour les petits pays, qui ont naturellement un petit marché interne et beaucoup de commerce avec l’extérieur.

Comment ces mécanismes sont-ils mis en jeu dans Spice & Wolf ? A partir d’ici je déroule l’intrigue des épisodes.

  • A l’épisode 2 la première partie du deal consiste à jouer sur une réévaluation anticipée, donc accumuler des pièces. Cela signifie bien sur des pertes en cas de dévaluation, ce que Lawrence ne note pas.
  • A l’épisode 3 Horo pense que les pièces ont en fait été dévaluées. Lawrence imagine de les revendre à quelqu’un d’autre en espérant que la valeur remonte, cela me paraît hasardeux. Lawrence se rend compte qu’il n’y a pas de perte possible pour Zelen. A la place de Zelen je vendrais aussi le deal inverse à un autre pigeon. Mais il semblerait qu’on se dirige vers autre chose.
  • Épisode 4 : la supercherie apparaît, à laquelle s’ajoute l’instabilité des cours : étant donnée l’incertitude sur les évolutions, un mouvement de doute généralisé peut faire chuter temporairement la valeur de la monnaie en dessous de sa future valeur d’équilibre. Jeu dangereux ajouterai-je, elle peut chuter sous sa valeur réelle de métal. Je ne suis pas sur de saisir pourquoi la maison Milone achète ces pièces maintenant, ça ne m’a pas l’air de tenir la route. Est-ce pour faire du chantage à Medio en ruinant leur stratagème ? Cela me semble cher payer d’acheter à perte pour cela. En plus Medio est au courant, donc il leur suffirait d’abandonner le plan, et toutes les pertes seraient chez Milone.
  • Un complément d’explication du premier mécanisme arrive à l’épisode 5. On est dans un cas classique de dévaluation pour difficultés financières du royaume Trenni. La maison Medio pensait bénéficier en rachetant les pièces à vil prix (chute du cours) puis faire du chantage auprès du roi, vu qu’elle détient une part importante des pièces en circulation. En d’autres termes elle prend une partie du seigneuriage par refonte des pièces qu’elle détient. Cela implique que le cours chute plus que la perte de valeur par dévaluation. Le lien avec nos héros est un peu tarabiscoté, j’ai l’impression après avoir parcouru tous les articles d’Animenano que personne n’a capté, donc je détricote ici. Horo a été capturée, et Medio menace de la dénoncer à l’église . Néanmoins je me demande bien comment cela pourrait affecter Milone, il n’y a aucun lien tangible. Lawrence propose de couper l’herbe sous le pied à Medio et faire ce qu’ils planifient. Il agite la menace de l’église : Trenni ne ferait pas affaire avec une société suspecte. Pour ma part je trouve cela idiot, au contraire il faudrait lui céder des droits très vite puis les reprendre dès que l’église incriminerait la société. Je ne comprends toujours pas non plus pourquoi Milone achète alors que le cours n’a pas encore chuté.

Bon finalement il n’y avait rien de plus à approfondir comme question économique dans les épisodes suivants. Dommage, me creuser la tête là-dessus m’a bien amusé. Par contre ça ne doit pas être la tasse de thé de toute le monde. Bilan ? Spice & Wolf fut fort agréable, du début à la fin. Joli, bien mené, et puis Horo est adorable …. Je regrette un peu le manque de scénario complet, mais la saison prochaine devrait compléter.


5 Comments for 'Spice & Wolf & économie'

  1.  
    19 January 2009 | 11:16
     

    Dans la suite, tu as quand même une jolie introduction au réglement différé (en levier 2, ces petits joueurs). C’est amusant en ces temps où les appels de marge sont légion chez les banques ou les hedge funds.

  2.  
    19 January 2009 | 21:29
     

    Effectivement on pourrait penser à une sorte d’achat à terme via guilde, mais en fait c’est un bête crédit.
    Je ne vois pas non plus d’appel de marge là dedans. Il n’y a pas de garantie.

  3.  
    19 January 2009 | 22:02
     

    Je me suis étonnement intéressé à l’économie avec Spice & Wolf. J’ai même au final autant apprécié que le personnage d’Horo.

    Je n’ai pas trouvé que l’anime était d’ailleurs aussi obscur que ça sur les monnaies ou le commerce. Ensuite, il est évident qu’il ne faut pas regarder cette série d’un oeil amorphe et inattentif.

  4.  
    20 January 2009 | 15:03
     

    Skav: je ne dis pas que c’est un contrat à terme, juste un achat à découvert. Le versement qu’il fait au moment de l’achat est un dépôt de garantie couvrant la transaction à découvert (en sus des intérêts éventuels). Et c’est justement parce qu’il n’y a pas d’appel de marge qu’il se retrouve non seulement ruiné mais fortement débiteur.

    Ah, et d’ailleurs, on a au passage la présentation des créances comme des avoir cessibles, ce qui est aussi une construction financière pas complètement naturelle (même si les gens sont sans doute plus habitués au recouvrement de créance qu’aux effets de levier).

  5.  
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