Retour et notes de voyage

(Visited 2193 times) Posted on Friday 4 August 2006

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Me voici de retour de Chine, je me remets donc au blog. A la suite, mes notes du voyage en Chine, qui intéresseront éventuellement le lecteur.

Mardi 18

Petite nuit blanche dans l’avion, impossible de fermer l’oeil dans les maigres fauteuils à peine inclinés, à un horaire injurieux pour l’animal nocturne que j’ai pris l’habitude d’être. Voyage occupé par conséquent à écouter de la musique, polarder le guide, et regarder qq animes en faisant au passage une nouvelle émule du genre en la personne de ma soeur. Surprise, ce qui l’a le plus motivée est Akagi, avec pourtant un seul épisode de milieu de saison de cette série sur le Mah Jong, jeu ésotérique s’il en est. Dès l’arrivée journé bien remplie de bouchons, mais aussi de visites dans Pékin, avec le matin la place Tian an men, l’après-midi la cité interdite. Deux restaurants qui nous ont servi quasi exactement le même menu, l’un avec un plus grand standing que l’autre et une qualité de cuisine indéniablement meilleure. Il existe deux Beijing, la vieille ville avec ses monuments pour touristes (chinois ! Très peu de visages pâles au milieu de la foule de visiteurs autochtones), ses maisons basses, ses petites ruelles louches mais pleines de charme, et un remplissage de devantures au m2 de façade assez impressionnant. C’est aussi le Beijing des vendeurs à la sauvette qui vous poursuivent pour vous refourguer les mêmes guides, moulages ou montres à des prix insultants, parvenant à diviser l’offre par dix en quelques secondes tout en rigolant. La curiosité prend au début le pas sur le désir de tranquillité, et il est difficile de s’en débarrasser dès qu’on a croisé leur regard. J’ai été frappé par le nombre d’habitants de fortune du tunnel entre la cité interdite et la place, pourtant endroit touristique. Ballet dépaysant des parapluies aux couleurs pastels sur la place Tian An Men (edit quelques jours après : en fait ils servent aussi d’ombrelles les jours ensoleillés, d’où l’absence de parapluies sombres), et serpent interminables des visiteurs du mausolée de Mao. Il y a un sens remarquable de la proportion majestueuse. On sent bien qu’ils ont été faits pour impressionner le touriste candide. L’autre Beijing, celui du présent, se construit à vue d’oeil, et présente une métropole moderne dans tous ses aspects les plus désagréables. On y croise des scènes incongrues, comme un régiment de jardiniers s’affairant sur un massif de fleurs au bord d’un canal boueux, juste à côté de quelques bidonvilles sous une bretelle d’autoroute. Mystérieusement on retrouve cette majesté traditionnelle jusque dans les grandes avenues à angles droits bordées sans interruptions d’immenses immeubles d’habitation.

Il est quelque chose comme 20h heure locale, les chinois, gens fort matinaux, ont déjà éteint leurs lumières dans l’immeuble d’en face. Ma nuit blanche m’appelle et je vais donc suivre le même chemin, pour un réveil prévu à 7h demain, c’est-à-dire nettement plus tôt que mon coucher habituel à Paris (1h là bas).

Mercredi 19

Nuit capricieuse malgré la fatigue, et réveil définitif vers 5h. Je regarde donc des animes jusqu’à 7h, heure prévue, où nous nous dirigeons vers la salle du petit déjeuner. Encore un repas complet et bien nourrissant, ce n’est pas pendant ce voyage que je maigrirai. Matinée au temple du ciel, avec le spectacle surprenant de centaines de chinois dans l’activité de leurs exercices matinaux. Taichi, danse, gymnastique avec balle et raquette, chant en tapant dans les mains, le parc en est rempli avec une densité impressionnante. L’après midi palais d’été, résidence du calme et de la méditation, loin du Beijing agité … ou pas.

Je ne sais pas si nous sommes en vacances, mais jusqu’ici la vie a été marquée par la foule, la promiscuité, les bousculades, la cacophonie, un petit délice d’agoraphobe. Nous sommes en général contraintes de marcher à un rythme péniblement prudent, sous peine de briser irrémédiablement le groupe. Dieu merci des pauses “quartier libre” me permettent de m’envoler et fendre enfin la foule à mon propre rythme. Frissons de la liberté …

Le soir, repas dans un restaurant chic de Beijing, avec du vrai canard laqué, mangé en sandwich dans des crêpes de riz. C’est un pays où il y a du personnel, ils avaient là-bas un malheureux assistant de toilettes, qui attendait discrètement dans le coin de la pièce pour nous assister lorsque l’affaire été finie, pour ouvrir le robinet, appuyer sur le bouton du savon, tendre des sopalins ou allumer le sèche-mains, le tout avec un sourire presque franc qui ferait presque oublier la condition affreusement ennuyeuse de ce petit boulot.

Jeudi 20

Il est 3h30, je n’arrive pas à me rendormir, donc je vasouille dans mon lit avant un réveil prévu à 4h30, pour prendre le train à 6h. Ma soeur est dans le même cas, et nous sommes en train de nous dire que nous vivons dans un état de surnourriture constant, un peu comme les bébés, nous ne connaissons plus la faim ces derniers jours, de même la satiété n’a plus de sens. Peut-être est-ce le thé qui nous empêche de dormir. En effet l’eau courante étant considérée “non potable” pour les touristes délicats, et l’eau minérale distribuée avec parcimonie dans des bouteilles ridiculement petites, notre source principale d’hydratation est la pastèque, mais surtout le thé. Lorsqu’on consent à nous servir, après une demande insistante, et à la place de la bière, un verre d’eau au restaurant, le thé est disponible à volonté pour nous divertir du sommeil.

4h de train entre Beijing et Chengde, et une bonne occasion d’observer la “vraie” Chine, à coup de force photographies.

En cette saison les empereurs de Chine cherchaient eux aussi à échapper à la foule des touristes et la chaleur torride de la capitale. Ils installent donc leur palais d’été à Chengde, dans les montagnes, plus près des barbares et plus loin de la vraie Chine. Ah, la province, ses petites maisons, sa fraîcheur agréable et sa conduite musclée à coup de klaxons. Les vendeurs si agressifs à Beijing se font beaucoup moins importuns, et vous libèrent avec un sourire au premier signe négatif.

Le palais d’été est particulièrement agréable après la froide démesure de la cité interdite. C’est pareil, mais en plus petit, et avec des arbres et une fraîche brise. A échelle humaine, sans somptuosité superflue. Le parc s’étend autour du lac, parsemé de petits pavillons adorables.

Après-midi, temple de la tranquillité et petit Potala, copie en plus petit du palais de Lhassa.

Vendredi 21

Nuit inhabituellement longue (7h de sommeil !), sur un lit-planche et un oreiller-sac de sable. Déjeuner très passable et froid dans notre hôtel très passable à Chengde. La journée est magnifique, soleil parfait atténué de quelques nuages et d’une brise légère. Ce matin visite du temple du bonheur et de la longévité. Le son des cloches, le soleil et le vent rappellent agréablement les pâturages auvergnats, ou même les alpages tibétains.
L’on apprend qu’il ne faut pas marcher sur les seuils surélevés, mais les enjamber, sous peine d’étrangler le maître de maison, en l’occurrence Boudha. Leur hauteur serait proportionnelle à la richesse de l’intérieur, qui est associée métaphoriquement à l’eau par ici (comme le blé chez nous).

Car de Chengde à Beijing, sur l’autoroute flambant neuve. On assiste à des scènes pittoresques, comme un doublement à gauche (avec un camion qui arrive en face) assorti d’un doublement à droite simultané, par la voie des vélos. Le tout assorti du klaxon de rigueur pour faire sentir sa détermination à l’adversaire trop lent. Sueurs froides, d’autant plus que sur l’autoroute quasi déserte on croise trois accidents. Après réflexion peut-être est-ce dans le code de la route local de klaxonner pour dépasser, à droite comme à gauche vu que la notion de “file de droite par défaut” semble assez peu partagée.

A midi magnifique marche de 2h sur la grande muraille à Jinshangli (?). Les paysans du coin nous accompagnent, tapent la discussion, nous apprennent quelques mots de chinois, pour nous proposer avec insistance leurs bricoles à la fin. Le thé glacé double de prix entre le bas et le sommet de la muraille, mais reste le bienvenu avec ce soleil qui tape.

Court trajet en avion entre Beijing et Taiyuan, riante cité du charbon et autrefois tenant de titre de la ville chinoise la plus polluée. Le ciel est d’un gris jaunâtre, l’air un peu âcre, et nous assistons à l’arrosage des routes trop poussiéreuses. La ville a 3 millions d’habitants, mais n’apparaît pas sur la carte météo du China Daily. Par contre l’hôtel très bien, et le mode d’emploi laisse miroiter un accès internet gratuit, mais la configuration proposée n’a pas l’air de marcher. Tant pis, un jour de plus avant de publier tout ça. En attendant nous regardons la télé japonaise, espérant tomber à l’heure des animes (2h30), mais sans en trouver sur les chaînes disponibles.

Samedi 22

Matinée : 2h de car, et maison du clan Wang. Repas, temple de ?, puis Pingyao.

Ville “comme autrefois”, quasi sans voitures, et juste la moitié des boutiques estampillées “pour touristes”. Ambiance particulière de la vraie Chine, notamment lorsqu’on profite du temps libre intitulé “shopping” pour explorer les rues boueuses de derrière, s’aventurer entre deux tas d’ordures, et retenir très fort sa respiration. Pas de touristes et à peine de plus de chinois, maisons quasi en ruine, misère sur la rue, à 30 secondes de la rue principale et de ses jolies devantures.

Départ dans le train couchette de Pingyao à Xi’An, pour une nuit qui s’annonce aussi courte que le sommeil sera long.

J’ai été agréablement surpris, beaucoup de caractères chinois courants sont les mêmes que les japonais,à quelques petites différentes près. Les prononciations n’ont quasi rien à voir, mais les sens sont très proches, et on peut devenir pas mal de choses à partir du japonais. Je regrette amèrement de ne pas avoir emporté mon livre de kanji tout neuf, qui aurait été particulièrement bien adapté.

Mon occupation principale lors des visites est le mitraillage de photos. Tout un sport. Un des principaux défis est de prendre des clichés sans touriste, ce qui est souvent particulièrement difficile. Rien ne gâche plus l’ambiance qu’un touriste à l’air occidental, et encore pire s’il est lui-même en train de manipuler un appareil. J’évite aussi de prendre de photos trop indiscrètes, des “je rentre chez vous et je vous flashe la figure”, qui font pourtant des photos les mieux pour celui qui cherche le dépaysement.

Mon autre activité est l’escapade. Le rythme du guide est souvent un peu lent, je n’aime pas piétiner, donc je m’échappe et vais explorer par où ça l’air joli et original. Et le miracle se produit souvent, avec plein de petits endroits très agréables hors des sentiers de visite. Jusqu’ici je ne suis pas encore parvenu à perdre le groupe, j’espère y arriver sous peu.

Dimanche 23

Nuit finalement pas si mauvaise, j’ai réussi à dormir deux ou trois heures. Bon, les trains ont l’habitude de klaxonner lorsqu’ils se croisent. Ils font aussi des freinages assez secs, et fréquents car le train de nuit est un omnibus.

Arrivée à Xi’an, ville de 7 millions d’habitants, et qui en comptait 1 million vers l’an 500. Le matin, musée historique, puis pagode de l’oie sauvage.

Visite inévitable de l’armée en terre cuite, propulsée “8ème merveille du monde” par la propagande locale, comme tant d’autres attractions de par le monde. C’est manifestement une machine à touristes (chinois), avec une foule qui rappelle étrangement l’armée. L’attraction en elle-même m’a à vrai dire assez peu convaincu. Bon c’est impressionnant, il y a eu un gros travail de la part des malheureux esclaves de l’époque, mais pour le spectateur actuel je vois un intérêt limité, autre que “c’est grand” ou la valeur historique.

Ce soir spectacle “folklorique”, avec repas “de luxe” finalement un peu trop occidental mais pas mauvais non plus. Observations amusantes sur les serveuses, qui ont encore un léger fond de maladresse et de manières campagnardes, on est encore loin du serveur à la française tout en finesse, malgré le clinquant, le personnel abondant, et la profusion d’étoiles et autres attributs du luxe moderne. Spectacle un peu kitchounet ma foi, costumes très colorés, chorégraphies un peu trop modernes, tout cela colle un peu trop à l’image d’Epinal européenne de la Chine, mais bon finalement c’est peut-être relativement fidèle. Qui sait ? Dans la salle, une bonne proportion de 95% de visages européens, j’ai du identifier une dizaine de chinois. Sur la route du retour spectacle amusant : à la porte Sud des milliers de chinois dansent sous les lampions, des vrais chinois avec leurs vêtements pas si occidentaux.

Lundi 24

Nuit extraordinairement longue, 8h ! Ce matin, visite de la petite pagode de l’oie sauvage, qui n’a rien à voir avec la précédente. Jardin agréable et séance de Tai chi. Puis la forêt de stèles, temple confucéen (qui n’est pas un lieu de prière, mais plutôt d’étude et d’examen), qui regroupe des écrits de Confucius et un certain nombre d’autres.
Repas de fondue chinoise, qu’on appelle plutôt marmite mongole par ici. L’après-midi visite du quartier musulman et de la grande mosquée, qui ressemble à s’y méprendre à un temple chinois classiques si l’on oublie les quelques phrases en arabe ici ou là. 1h de quartier libre shopping dans le souk à côté, que j’emploie à visiter les vrais quartiers chinois. Pas un seul visage occidental pendant trente minutes, les gens qui vous regardent avec curiosité, les rues où il faut slalomer entre les amoncellements de déchets. Je ne résiste pas au plaisir de décrire une gargote typique : petite salle sans chaise et sans lumière, avec des stocks de produits à même le sol. Sur la devanture un gros bidon faisant office de four de fortune, avec une sorte de marmite rouillée dans laquelle bulle un bouillon mystérieux. Sur un réchaud rectangulaire rôtissent des morceaux de viande ou des petits pains. Devant les clients mangent sur de petits tabourets, et les restaurateurs préparent leur tambouille en jetant les épluchures sur le bord de la route. Le plat standard consiste en un bol de pâtes, extraites à l’aide d’une louche du grand récipient à tout cuire, avec sa garniture de fruits et légumes, et un morceau de viande juché sur le dessus.
Transfert à l’aéroport pour la voyage pour Guilin. J’ai un hublot (offert gentiment par ma soeur) ! Départ avec belle vue sur Xi’An. Milieu de voyage très nuageux, tant pis pour les trois gorges. Fin extraordinaire avec le soleil couchant sur les rizières, j’ai rarement vu de paysage qui m’ait autant impressionné. Je maudis l’aile qui vient un peu gâcher le paysage, mais c’est toujours mieux que pas de vue du tout.

La nuit petite promenade dans la ville joliment éclairée, et anormalement peuplée (23h, c’est tard) de touristes chinois. J’entraîne fourbe ment mes camarades dans des quartiers plus populaires, et les rats traversent la rue devant nous.

Mardi 25

Réveil tôt ce matin, et croisière sur la rivière Li. C’était fort joli, je laisse les photos parler mieux que moi. C’est une sorte de “baie d’Along” en terres, et couvrant une région entière. Comme ces peintures chinoises typiques avec leurs pains de sucre luxuriants dans le brouillard. Ou comme le fond du billet de 20 yuan. Une trentaine de bateaux d’une centaine de passagers chacun partent à la file entre 8h et 10h, pour atteindre la grosse bourgade suivante, Yangshuo.

Après la croisière route agréable pour retourner à Guilin, et nous nous faisons traîner dans un magasin de perle. Petit film commercial, défilé de mode, et glande à la boutique. Je suis encore frappé du nombre anormalement élevé de vendeuses, qui ont l’air de s’ennuyer dur, mais restent aux aguets pour recevoir comme il se doit les hordes de touristes qui débarquent en groupes denses. D’un soleil de plomb le matin, qui nous attaquait aussi à revers en chauffant dangereusement le toit du bateau sur lequel nous étions juchés, l’atmosphère a pris une moiteur pénible en début d’après-midi, avec des bourrasques menaçantes, et nous pouvons maintenant contempler la pluie qui tombe en cordes dans une atmosphère grise. Je regrette un peu de ne pas avoir pu admirer la croisière dans ces conditions, qui auraient offert les paysages les plus typiques en plus de libérer le pont pour les braves.

La circulation a Guilin était assez abominable, avec une densité impressionnante de deux-roues qui squattent leur voie, celle des voitures, et celle d’en face si possible. On navigue donc quelque part au milieu de tout cela, à grand coups de klaxon, et nous n’avons miraculeusement encore tué personne. Le paysage routier se compose de ces deux-roues, de nombreux piétons qui traversent n’importe où au mépris du danger, de petits vans ou tricycles-camionnettes pas bien rapides, de gros camions très lents, et de plutôt rares voitures de tourisme à l’occidentale. Le car de tourisme récent est donc en général le plus rapide, en plus d’être le plus fort. Le chauffeur se permet donc souvent de “pousser” à coups de klaxon le camion à droite et le van en face dans leurs voies pour deux-roues, et “doubler” sauvagement au milieu de la route. Mystérieusement tout cela à l’air de fonctionner avec une certaine fluidité, et je n’ai pas encore pu assister à un vrai accident pire que quelques accrochages entre vélos.

Nous rentrons d’une exploitation de thé par les faubourgs de la ville, où l’on a l’occasion de voir la “vraie vie” chinoise à l’heure du retour du boulot. Petites boutiques, gargotes, et scooter qui remplace peu à peu la bicyclette.

Voyage en avion. Nos amis fidèles les moustiques se sont introduits dans l’avion par hordes entières, fournissant un divertissement ludique à pas cher aux passagers. Finalement une hôtesse brise le jeu avec un pschitt qui sent pas bon. Je compte mes boutons. Quatre le soir, pendant la ballade dans Guilin. Cinq la nuit, quelques vils faquins se tapissaient dans l’obscurité. Deux ou trois dans la journée, malgré mes tartines de répulsif, mais dans un contexte plus propice sur la rivière Li.

Nous arrivons à Shanghai qui fascine l’adepte de Sim City en moi. Buildings à pertes de vue, grosses autoroutes dans tous les sens, et la construction continue au même rythme. Nous sommes au 23è étage de notre étage, donc vue magnifique. Une heure de télé japonaise puis dodo dans des lits trop mous, pour changer.

Mercredi 26

Ce matin petite ballade en car dans Shanghai, qui suffit à m’émerveiller par son contraste extraordinaire entre les petites rues typiques et les forêts de gratte-ciels. Visite du jardin Yuanyan et du “quartier chinois”, qui est en fait un bazar refait en style ancien. Repas de Dim sum, enfin ! On dit qu’au nord on mange plutôt des pâtes, et au sud plutôt du riz, le nord et le sud de la Chine étant délimité par le fleuve bleu, le Jiang Chang. Jusqu’ici l’amateur de pâtes en moi a été malheureux, nous avons toujours eu droit à un bête plat de riz blanc, et aujourd’hui est le premier jour avec des pâtes et raviolis qui sont plus qu’un accompagnement. Il faut que je raconte quelques mots sur les repas. Nous somme par tables rondes de 9 personnes, ce qui est en général un peu trop pour parler confortablement dans le brouhaha général, le français étant nettement moins sonore que le chinois moyen. Devant chacun une toute petite assiette, une tasse pour le thé (à volonté), et un verre d’eau ou bière offert en plus, tout extra étant durement facturé. A priori les déchets sont à laisser sur la table, ce qui laisse des scènes de dévastation sur les tables de nos prédécesseurs, mais notre bonne éducation nous obligé à transiger avec l’espace déjà fort exigu de l’assiette. Les plats, au nombre de 9 en théorie, sont posés au centre sur un plateau tournant, avec quelques accompagnements et une soupe, souvent beaucoup trop gluante (fécule de pomme de terre) pour nos goûts. On tourne le plateau (le sens canonique étant celui des aiguilles d’une montre), et chacun se sert avec ce qui est devant lui. Toutes les graves questions de protocole sont magiquement résolues. Les quantités sont abondantes, et nous laissons en général entre un quart et la moitié du total. Jusqu’ici la qualité est allée de correcte à très bonne, et tout le monde a donc forcément trop mangé.

Je regrette le milk-shake au melon et excessives sucré, qui me laisse un petit arrière-goût écœurant dans la bouche. Je n’ai pas pu résister pendant le temps de quartier libre digestif de cet après-midi.

On cherchait jusqu’ici avec déception le chinois moyen, futur poumon économique de l’humanité, et il se faisait plutôt discret dans les villes traversées jusqu’ici. Dès l’arrivée à l’aéroport de Shanghai sa présence est confirmée. Je ne sais pas si c’est l’attitude, le style vestimentaire, ou l’utilisation évidente de moult gadgets électroniques, mais le chinois moyen à Shanghai est à quelques dizaines d’années de ceux observés précédemment. J’ai même vu ébahi des gens s’excuser rapidement après s’être bousculés dans la rue, comme on le ferait en France, par contre la guide affirme que ce n’était probablement pas des chinois. Même à Beijing, qui fait pourtant de lourds efforts pour se mettre à l’heure des futurs Jeux olympiques, avec par exemple des campagnes pour ne plus cracher dans la rue (vu finalement assez peu dans les grandes villes), ou des leçons gratuites d’anglais qui élèveront peut-être le niveau des colporteurs locaux au delà du “haro” (je ne peux m’empêcher de penser “genki ?”), “nice”, “good price”. Notamment les touristes là-bas, ceux qui venaient au mausolée de Mao, affichaient un style qu’on pourrait qualifier de campagnard, plus simple, plus formel. Ah oui, les petites shanghaiennes sont nettement plus sexy. C’est un signe qui ne trompe pas, c’est la première fois qu’on voit une population “jeune” qui se détache clairement du lot. Jusqu’ici quasi aucun chinois entre l’âge enfantin de l’école et l’âge indéterminé du travail. Par contre les récupérateurs de bouteilles en plastique n’ont pas disparu, et ils tranchent dans la population locale avec leurs peaux bronzées.

J’écris actuellement du musée, les visites de ces jours-ci m’ont usé les pieds et je leur offre ce repos mérité tout en observant la population chinoise qui circule devant moi. Elle est anormalement jeune comparé au visiteur moyen du Louvre, je dirais que bien la moitié a moins de 30 ans.

17h, fermeture du musée, mes pieds hurlent mais je continue à marcher seul pendant l’heure libre qui nous reste. Square du peuple flambant neuf, rue de Nanking surpeuplée, plazas climatisés qui vous refilent instantanément la crève après la chaleur étouffante du dehors. Aucun chapeau de paille par ici, qu’on retrouvait partout auparavant. C’est mystérieux, je n’ai pas l’impression d’être en ville étrangère.

Ce soir spectacle d’acrobates, qui est finalement très bien.

En ce moment à l’hôtel nous regardons la chaîne de télé achat chinoise. Un appareil qui empêche de ronfler, avec force schémas et témoignages poignants, analogies avec les fantômes, et scènes de femmes malheureuses. 300 Yuan (~30 euros). Les chaussures qui font maigrir … quand on fait du sport, grâce à leur angle de 10% révolutionnaire sur le devant. 500 Yuan. Le format des présentations est un peu longuet, il y a bien cinq minutes par produit. Zapping. Tiens, des jus de fruits “Kagome”. De la lessive Omo. Recyclage d’un clip de Jennifer Lopez pour le shampooing Lux. En raison des innombrables variations orales du mandarin, tout est sous titré ici. CC TV 9 est en anglais, et il y a 2 chaînes de Hong Kong sous titrées en anglais.

Jeudi 27

Lever matinal à 6h, nous prenons le train pour Suzhou (prononcer soudjô), à 45 minutes de Shanghai.

Le guide local nous explique en rigolant que les mandarins se retiraient habilement à Suzhou, loin de l’empereur, pour dépenser fastueusement leurs deniers gagnés plus ou moins honnêtement par leur métier de haut fonctionnaire. Ils venaient y finir leurs jours dans des jardins magnifiques censés élever l’âme. Nous découvrons le jardin intitulé ironiquement “de l’humble administrateur”, petit délice de finesse, malheureusement beaucoup trop peuplés.

La région de Suzhou produit un quart de la soie au monde, nous visitons une fabrique, avec une pause achat interminable qui me vaut quand même une jolie chemise. Premier restaurant qui me déçoit vraiment, avec table carrée, fourchettes et plats occidentaux. Retour à la barbarie.

Le guide local est notre deuxième masculin, après trois guides féminines. Comme l’autre, celui de Beijing et Chengde, c’est un amateur de calembours, contrepèteries et autres joyeusetés de la langue française. Tout comme tous les autres guides, il présente sa ville comme “petite”, avec seulement un million d’habitants. Nous sommes donc a priori dans une grande ville, à 100 km de Shanghai, et pourtant on a l’impression persistante d’être à la campagne. Les gens sont habillés simplement, les voitures se font plus rares, les quartiers du centre sont plus traditionnels. Lorsqu’il fait chaud les hommes remontent leurs t-shirts ou chemises au niveau des côtes.

La chaleur est de type “four” aujourd’hui. Lorsqu’on sort d’un bâtiment climatisé ou du car elle s’abat sur nous, nous enveloppe et pèse sur nos petits corps couverts de sueur. Là déshydratation et l’hyperthermie guettent, et même les autochtones ont l’air plutôt gênés.

Suzhou c’est aussi “la Venise de l’orient”, avec ses petits canaux pleins de charme. La ville a malheureusement perdu du faste de l’époque impériale, et le centre est devenu une zone résidentielle à bas niveau de vie. Une promenade en bateau nous amène au centre, où nous sommes promenés dans le marché “typique”. Je me sens moyennement bien, cette vision du groupe de touristes occidentaux me met mal à l’aise, appareil-photo à la main, considérant avec curiosité la population locale et sa nourriture à la propreté douteuse. Quand je me baladais dans ce genre de quartier, c’était toujours sans appareil, seul, et les gens regardaient plutôt avec curiosité.

Vendredi 28

Retour à Shanghai en car, dans la zone “rurale” composée de gros villages, d’usines et de buildings posés bizarrement sur la plaine.

Visite de la Cathédrale et du temple du bouddha de Jade

Train vers Hangzhou

Samedi 29

Hangzhou, ville la plus chaude de Chine selon le China Daily, avec un petit 36° annoncé. Seule région aussi où ils ne pleut pas, les pluies torrentielles ont fait s’écrouler une partie de la muraille de Xi’An, et provoqué de graves inondations à Guilin.

Ce matin promenade dans le parc puis croisière sur le lac de Hangzhou, puis musée national du thé.

Après-midi temple bouddhiste de Xiling, très grand mais pas particulièrement joli, et en cours d’agrandissement.

“maison du thé” avec dégustation achat, et un magasin-labyrinthe impressionnant où il faut passer devant exactement tous les rayons pour pouvoir sortir. Les chinois sont très fort pour organiser ce tourisme-shopping, où le touriste le plus radin finit fatalement par acheter un petit quelque chose ou même un gros.

Dimanche 30

Après la journée un peu molle d’hier, matinée bien remplie. Pagode des six harmonies, que je suis le seul à gravir. Maison de monsieur Hu, riche commerçant de l’époque Qing (19è). Musée de la pharmacopée chinoise, avec baumes de lézards et autres racines étranges.

Retour en train à Shanghai.

Lundi 31

Aujourd’hui petit village de Zhouzhuang, qui serait charmant s’il n’était pas autant rempli de boutiques pour touristes.


1 Comment for 'Retour et notes de voyage'

  1.  
    mauhiz
    13 August 2006 | 23:48
     

    Merci Skav! Une très bonne lecture qui corrobore ce que je m’imaginais de la Chine : un pays en voie de développement par endroits trop développé, et par autres endroits totalement miséreux. C’est dommage d’avoir du suivre un groupe, mais pour un premier contact c’est souvent le mieux… Tu comptes y retourner?

    Ah j’oubliais : présente moi ta soeur! ;)

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