Mon article précédent était bien évidemment insuffisant, et il reste pas mal de points à approfondir.
J’ai affirmé fort légèrement un pic de socialisation du loisir, et je suis surpris que personne n’ait demandé d’arguments plus tangibles. Sans doute parce que cela correspond bien au ressenti intuitif du lecteur ? Supposons que le nombre d’animeblogs, en français ou en anglais, ait doublé cette année, ce qui me parait une estimation à la louche assez raisonnable. C’est certes une croissance impressionnante, mais c’était aussi environ le cas l’année précédente. Comment donc distinguer celle ci ? Quelques arguments possibles pour soutenir mon hypothèse :
- nous avons atteint un pic de croissance, le rythme a l’air de se ralentir. C’est un avis très partiel, dont l’impression pourrait très bien être parfaitement expliquée par la suite de cet article (suspense !)
- nous avons atteint un seuil d’interconnexion. C’est relativement vrai dans la culture anglophone, pour suivre à la fois des blogs, des sites généralistes (animeondvd), des sites et forums plus pointus (animesuki), des fourre-tout inqualifiables (4chan), il y a désormais des liens entre tous, qui se sont créés cette année. En France ce n’est absolument pas le cas. Les liens entrants vers blogchan sont désespérants, c’est quasi uniquement des blogs indexés sur blogchan. Idem sur ce blog. Et lorsque j’ai des sites qui font référence à moi ou que je fais de la pub, le nombre de clicks est en général ridiculement faible face au lectorat du site. Raton aussi se plaint du faible nombre de suivi de ses liens. Bref, les français sont loin derrière, et c’est aussi notre faute. Je plaide coupable, ma production consiste principalement en murs de texte quasi sans liens, un format ma foi trop classique.
- avis personnel évidemment biaisé par la création de mon blog, mais beaucoup d’amateurs d’anime de ma connaissance se sont beaucoup ouverts aux communautés. Néanmoins les participants réguliers ici ou ailleurs sont les habitués de la communauté, il y a peu de nouvelles têtes (ce qui me réjouit à chaque fois … mais un peu moins lorsque leur contribution est illisible)
Si j’analyse le lectorat de ce blog, en 8 mois le nombre de pages vues par mois a triplé (30000 en Décembre), mais principalement via google et les spambots. Le nombre de lectures d’un article “à ~10 commentaires” une semaine après sa publication est passé d’environ 200 à 300. Et à ma grande déception les commentaires “meurent” toujours en 1 ou 2 jours, les gens ne continuent pas à participer même si la discussion reste principalement ouverte.
- certaines séries ont bénéficié d’une attention forte de la part de tout le monde, principalement Haruhi dont l’amour a réuni le monde de l’anime anglophone. Côté français, je vous incite à constater les réactions très froides au premier épisode sur le forum Nerae, qui n’est pourtant pas un groupe de fansub au public idiot. Seuls les (néanmoins nombreux) habitués des subs anglophones ont vécu le phénomène, et très précisément de la même manière que la communauté anglophone. Je m’en sens parfois nettement plus proche que de la communauté française, et je pense souvent à traduire en anglais mes articles les plus intéressants. Cela se fera, un jour.
Bref, après réflexion, je modérerais fortement mon propos. Il y a clairement un mouvement de socialisation via Internet, dont nous sommes participants actifs, mais ce n’est pas encore vraiment rentré dans les moeurs en France.
Pour répondre au rapport quantité/qualité, il est une croyance naïve mais répandue qu’autrefois (choisissez le délai adapté au domaine) il y avait plus de génies et moins de médiocrité. Bien évidemment cela repose principalement sur la sélection naturelle et non sur une quelconque réalité mesurée. J’y vois néanmoins une idée de fond : avec l’élargissement d’un marché la concurrence se dégrade et des oeuvres qui n’auraient même pas eu l’occasion de voir le jour se retrouvent proposées au public. En d’autres termes, des niches se créent qui satisfont plus précisément des besoins plus pointus, et la dimension du marché permet de dépasser le seuil de création de ces niches. Donc finalement plus le domaine est large et prend du poids dans la société (par exemple le divertissement) plus les goûts seront diversifiés et moins il y aura de consensus. Le pourcentage de génies peut donc très bien rester le même, l’avis moyen sur l’ensemble de la production sera logiquement plus négatif et les génies moins reconnus, même si au final il y en a plus au total et qu’ils ont moins de barrières pour s’exprimer. Cela a, très subjectivement, des bons et des mauvais côtés. En France l’anime est clairement une niche. Pourquoi ne resterions nous pas à regarder des films et lire des livres comme tout le monde ? C’est pourtant un type de divertissement de mauvaise qualité, selon certains critères tout aussi contestables que d’autres mais généralement partagés. Allons même plus loin, supposons que je sois à la fois amateur d’anime et plus particulièrement de mecha — ce n’est qu’un exemple ! La production de mecha est insuffisante pour remplir mon temps libre, je vais donc élargir mes préférences et rester un “amateur d’anime en général” tant que le rapport production de mecha / temps disponible pour les regarder restera faible. Dans le cas inverse je délaisserai la production généraliste, qui finalement est plutôt médiocre, n’est-ce pas ? Le monde japonais de l’anime en est un cas intéressant : une population importante, et qui dispose de beaucoup (trop) de temps disponible. Or on constate le développement très fort de productions de niche, notamment dans le monde des erogames. J’aimerais avoir des chiffres mais je n’en trouve pas, c’est pourtant une impression très forte, et partagée par un certain nombre d’observateurs. On peut l’expliquer par la croissance rapide du marché, et … par la reprise économique au Japon qui diminue le temps de loisir ?

Lorsque je parle d’effets négatifs, de mon point de vue de membre honorable de la société, il s’agit bien évidemment de la lolisation (sic) de ce que nous (occidentaux amateurs d’anime en général) regardons. Que certains aux tendances pédophiles (innocentes, ou pas) se tournent vers ce contenu n’est pas nouveau, au Japon comme ici. La différence est que le production au Japon est assez importante pour qu’un “non amateur de loli” puisse passer principalement à côté du genre. Or la production importée n’a pas assez de volume par rapport à l’important temps libre de ses spectateurs et donc nous y soumet malgré (?) nous. On voit l’exemple amusant d’un honorable bloggeur classer ses lolis préférées tout en protestant de son innocence. Cet effet s’ajoute à l’augmentation en pourcentage dans la production, que j’ai du mal à expliquer. Il y a le fait qu’avec le développement des niches on a intérêt à inclure légèrement les intérêts de ces niches pour les attirer sur une série, mais pas trop non plus pour ne pas faire fuir le reste du monde. Code Geass en est une réussite incontestable. Peut-être aussi une tendance au pire, que je serais tenté de baptiser “effet 4chan”. Lorsqu’on a assez de choix, c’est-à-dire des niches assez développées, sans conséquence profonde extérieure (tout du moins à première vue), on se dirige vers les extrêmes. Et ce, moins par leurs qualités intrinsèques que par la cohésion et le sens d’appartenance qu’elles entretiennent et peuvent se permettre plus facilement que des communautés plus étendues, notamment en se définissant contre la majorité. C’est ainsi devenu une tradition chez certains de dire du mal de “l’avis général”, par exemple Télérama ou les reportages à la télévision. Suivez mon regard. Pas de surprise, c’est le mode de justification de la plupart des minorités. Je suis moi même fondateur et toujours président d’une association dont la raison sociale est “promouvoir le jeu vidéo”. Il n’y a pas de mal à partager ses passions, et j’ai toujours été particulièrement actif à le faire, mais jusqu’où cela doit-il aller ? Finalement nous nous isolons en nous communautarisant, en créant cette fameuse “culture occidentale de l’animation” dont je parlais.
Comme l’exemple de Code Geass le montre, il est impossible de passer à côté de cette radicalisation de l’anime. Cette évolution m’inquiète. Il y a quelques années j’étais pur et innocent, j’ai regardé Ichigo Mashimaro sans aucune arrière pensée. Aujourd’hui je poste sur /b/.