(Visited 1071 times) Posted on Wednesday 7 June 2006
“Trop sec”. C’est en gros et rouge la sentence accordée à mon dernier devoir. L’écriture est assurément un art difficile à apprivoiser et j’en souffre quotidiennement. Ici même. C’est fort malheureux de n’être capable de produire une dissertation convenable qu’enchaîné à une table d’examen, en temps limité, alors que je reste déconcerté devant l’infini des possibles du temps libre et me retrouve incapable d’en tirer quoi que ce soit. La page, blanche ou pas, me trouble, m’embarrasse. C’est ce que je me disais justement lors de ma phase d’insomnie d’hier …
… , lorsque j’ai été surpris par la surprenante facilité avec laquelle j’étais en train de composer mentalement deux articles difficiles qui me résistent depuis déjà deux semaines. Je pense qu’étant petit je me suis convaincu de la quasi-inutilité du sommeil, et en ai conçu une difficulté inquiétante à m’endormir, dont je n’ai jamais réussi à me débarrasser depuis. Ce que j’appelle mon insomnie quotidienne est un temps d’une durée d’une ou deux heures pendant lequel j’ai effectivement tout loisir de m’adonner à la plus noble activité humaine : penser. Aussi angoissant que cela soit lorsqu’il faut envisager le réveil anticipé quelques trop courtes heures plus tard, mon coucher étant en général vers 2 ou 3h, c’est honnêtement le seul moment pendant lequel j’arrive régulièrement à échafauder des idées géniales. Vantardise ma foi plutôt vaine, car si leur génialitude parvient à me toucher sur le moment, le lendemain tout s’est en général évaporé. Les deux articles ardus n’ont pas avancé aujourd’hui, je suis toujours en famine d’arguments pour les faire avancer. La profusion d’idée n’est pas non plus complètement perdue, et c’est là qu’est né la plupart du contenu de ce blog.
Je souffre néanmoins de cette torture familière aux auteurs, et dont cet article lui-même a fait les frais avec un effleurement malencontreux de la touche “retour”. Refaire ce qu’on a déjà exprimé est une souffrance extraordinaire, une sorte de défaite insultante infligée à la création intellectuelle. Tout ce qu’on avait réussi, péniblement, à extraire de son esprit torturé, est irrémédiablement perdu, car l’idée qu’on couche est une idée qui s’envole. Voilà, vous êtes postvenus, tout ce qui a été écrit avant ce paragraphe est une prose impure de seconde écriture, et j’en suis peu satisfait.
Après cette digression oiseuse, revenons au coeur du sujet. Je me suis donc rendu compte que cette aisance inhabituelle était justement due à l’absence de feuille (ou de clavier) devant moi. Tout change lorsqu’on n’est plus qu’en face de soi pour dialoguer, que la pensée n’a plus de sanction, de limite, de contexte. Finalement mon intuition d’enfant assoiffé de savoir mais excessif a touché plutôt juste. Celui qui réfléchit “le mieux”, c’est l’ermite. Tous les autres sont biaisés. L’idée pure a tendance à se faner aussitôt éclose, aussitôt posée et établie dans un monde nécessairement corrupteur. Et, surprise, c’est là que je reviens à mon style si sec. Je me suis finalement toujours imaginé, inconsciemment, qu’à trop dire les choses on en perdait le goût, et qu’un bref coup d’oeil donnait plus de saveur, plus de matière à rêver qu’une description trop précise. D’où souffrances lors de mes études scientifiques, où l’on exige d’expliciter avec une minutie pénible les cheminements laborieux de la pensée, alors que toute la beauté du raisonnement se résume en cet “eurêka !”, cet éclair de la compréhension intuitive du problème, tellement plus esthétique.
Evidemment, lorsque je dis tout cela je suis en train de renier avec impudence la raison d’être de ce blog, qui serait de partager des idées, et je ne saurais être aussi extrême que de dépouiller l’idée de sa substance par peur de la déflorer, et laisser la méditation au lecteur. La réflexion pure n’existe-t-elle qu’au prix d’une vie monastique, de son auteur et d’elle-même ? Le complot mondial des méchants pour nous cacher la vérité aurait-il des racines plus profondes qu’une pauvre tradition démagogique ? J’espère que non, et cette postérité de grands hommes qui nous intimide, nous-autres bleus, est aussi là pour le rappeler positivement. Le génie existe, il est possible, et l’atteindre n’est logiquement pas exclu. On le toucherait presque. Je vais donc au contraire tenter l’expérience inverse, enrichir l’expression pour parvenir à tirer le plus de mon idée intérieure, dont en général seule la partie émergée de l’iceberg se retrouve exposée ici. Vaste entreprise, que je vais commencer en violant la retraite fertile de mon insomnie. Il est impossible d’écrire confortablement dans le noir allongé sur son lit, par contre il est possible de taper au clavier ! Donc à partir d’aujourd’hui j’aurai mon portable, écran éteint, à côté du lit pour pouvoir immortaliser tout ce monde merveilleux qui prolifère en mon imagination, mais jusqu’ici n’avait pas encore réussi à s’en échapper.


Rester dans mon lit à réfléchir, il n’y a pas moyen. Avec le rythme que j’ai, je suis obligé d’y aller à coup de cacher pour réussir à dormir -_- Mais c’est vrai que c’est lorsqu’on a rien d’autre à faire que penser que les idées viennent toutes seules et quand il faut les réunir, on part toujours dans des directions différentes et on oublie la moitié des choses -_-
Lorsqu’on a un ryhtme plutot equilibre, c’est en s’endormant que le cerveau a rien a faire et donc fait le point sur la journee, ce qui permet de debloquer certaines choses. Non, la nuit ne porte pas conseil, mais s’endormir oui!
Hmm je suis un poil déçu, mes articles plus littéraires n’ont pas l’air d’avoir le succès que j’aurais aimé
Résultats de mes essais :
- première nuit je me suis endormi anormalement vite, j’imaginerais presque que c’est par peur de devoir taper ce que je pense
- deuxième nuit insomnie habituelle, j’ai commencé mon article sur Aria, et déjà j’ai été surpris par le très bon résultat de la frappe en aveugle. Par contre taper au clavier allongé dans son lit, bah ce n’est pas comme penser, il n’y a pas cette fluidité, cette liberté, et il est impossible de faire des corrections. Bref, bof. Vivement les IHM qui lisent directement dans le cerveau. J’ai pensé aussi écrire sur mon PDA, mais en fait j’écris déjà nettement plus vite au clavier qu’au stylo (et en plus je peux me relire après!), donc a fortiori qu’en grafiti.
Tiens c’est bizarre, j’avais pensé écrire également un article sur Aria, mais vu que j’en suis encore qu’à l’épisode 2 depuis deux mois, j’ai laissé tombé…
Pour écrire mes posts, le problème ne se pose pas sur mon style d’écriture (j’en ai pas c’est beaucoup plus simple), mais plutôt sur les idées. J’ai l’impression qu’elles sont pas assez recherchées et pas assez approfondies, et j’en suis assez déçue après une relecture quelques jours plus tard…
Houlala, y’a pas à dire Skav notre charmant bahut déteint un peu trop sur toi. Ce genre d’article me laisse penser que l’ingénieur qui, timidement, se cache dans les méandres les plus sombres de tes circonvolutions cérébrales envisage sérieusement de se faire la malle.
Je me lance sur tes conseils éclairés dans Haruhi et Higurashi ce qui a environ toutes les chances de me pourrir ma fin de semestre… Merci…
Bon je tacherai de revenir plus souvent vérifier ta santé mentale… enfin un conseil : DORS !!!
Fait un p’tit moment que j’ai pas comment…. personnellement, moi le sommeil est tellement sacré que certaine de mes idées en naissent. Photoshop ou autre ont déjà infecté mes rêves et certain existe maintenant ( mais pas assez de talent sous photoshop pour tout faire :/ ). Mais par contre j’essaie même pas de penser dans un lit… à moin que je suis assez agité, je m’endors tout de suite.
Alors là tout à fait d’accord. Dans mon lit ou ailleurs, j’ai constaté que s’il y a une raison pour que je ne m’ennuie jamais, c’est parce que je trouve toujours à penser à quelque chose. Ca aide par exemple à supporter les longs trajets en bus ou en métro, où je ne dors pas, je me contente de cogiter. Parfois ça ne sert à rien, la plupart du temps ça m’aide à retrouver une belle bouffée d’optimisme en regardant passer les rues, les météos et les gens, et parfois, rarement, ça fait naître quelque chose qui me taraude et peut déboucher en idée. Quand c’est le cas, je suis parfois si pressée d’y penser que je me couche très tôt dans le noir rien que pour le plaisir de pouvoir la retourner dans ma tête à loisir. Dans ce genre de cas, je peux écrire dessus.
Mais là où l’écriture est difficile, c’est dans le cas de la fiction. Combien de débuts de nouvelles, combien de vers de poèmes j’ai ébauchés toute seule avec moi même, que j’ai été incapable de retrouver devant mon outil à écrire…
A côté de ça, je trouve quand même que l’ordinateur est un énorme progrès par rapport à la plume. Si j’en garde l’usage pour des choses aussi personnelles qu’une lettre, voire un journal (je rassure les inquiets, je ne m’amuse pas à raconter les potins du coin, je ne relate que ce qui me paraît vaguement intéressant), l’ordinateur n’a pas son pareil pour écrire ses pensées, en fiction ou en refléxion. La vitesse de frappe y est pour quelque chose : quand on arrive au seuil fatidique des 100 mots/minute on peut commencer à taper comme on pense, et c’est très pratique. Mais l’ordinateur a aussi un autre effet : le fait de pouvoir taper avec ses dix doigts donne l’impression de travailler sa pensée, de la voir s’élargir devant soi, alors que la plume la rétrécit à un point unique.
Du coup, j’ai trouvé comment faire, en tous cas en ce qui me concerne, pour réussir à coucher ma pensée par écrit. Les premiers mots sont toujours un peu diffciles, mais passé le permier moment, je me laisse entraîner par les mots qui viennent, et rapidement je me mets dans un ton qui me permet d’écrire. Et puis il y a dans l’ordinateur cette possibilité de toujours revenir en arrière, ce sentiment que tout ce qui est écrit peut être recommencé. Mine de rien, ça décomplexe pas mal. Au bout d’un moment, je me rebranche en quelque sorte sur ma pensée, et je commence à écrire exactement ce que je pense au moment où je le pense - ce que je suis en train de faire maintenant. Le plus souvent ce n’est pas transcendant, mais c’est toujours comme ça que je suis finalement parvenue à accéder à quelques idées que je ne renie toujours pas à ce jour. Je trouve qu’en s’écrivant la pensée se forge, et que la distance de l’esprit à l’écran combinée à la facilité de la frappe permettent à la fois de lire ce qu’on écrit en même temps qu’on l’écrit - ça peut paraître un truisme, mais c’est très important, parce que c’est le seul moyen de voir si on raconte des bêtises - et de s’autoriser à l’écrire parce qu’on sait qu’on pourra revenir dessus, tout en sachant que ça a la fidélité d’un véritable premier jet. Alors que ce qui est écrit à la plume n’est jamais vraiment un premier jet : c’est toujours déjà un deuxième jet, parce qu’on se censure avant de s’autoriser à faire quelque chose d’aussi définitif que de mettre de l’encre sur du papier.
Par ailleurs, tu n’as pas un style sec Manu. Il est même plutôt lyrique, avec tes phrases longues et tes mots rares. Et en même temps il parvient à rester clair et construit - alors que c’est rare de parvenir à conjuguer les deux. Non, décidemment, tu n’as pas de complexes à avoir
Ah bah je te rejoins complètement sur l’écriture sur ordinateur, j’ai fait récemment qq examens sur papier et c’est un supplice, trop lent, illisible, impossible à corriger, reprendre, enrichir. En même temps l’apprentissage s’oppose au confort, la difficulté force à la qualité du premier jet !
Ca je n’en suis pas sûre, pour le premier jet… La difficulté le rend justement laborieux, parce que tu ne peux avoir aucune idée du produit fini devant les yeux… Alors que quand tu tapes à l’ordinateur, tu peux avoir une espèce de masse de base que tu dégrossis ensuite. C’est une oeuvre de sculpture, l’écriture sur ordinateur…
En fait non ! On ne peut qu’enlever à la sculpture, pas lui rajouter. Et dit comme cela, ça a l’air vachement difficile
On peut justement remodeler son écrit informatique à sa guise, beaucoup plus facilement que sur papier.
C’est rhétorique ça mon Skav
Je ne parlais pas de l’écriture en tant qu’elle est un ensemble de lettres couchées sur le papier, mais de l’écriture en tant qu’elle est un travail de la pensée. Et il me semble que la pensée est dans ce cas analytique, comme dirait papa Kant, ton illustre homonyme : on ne lui ajoute pas grand chose, on l’affine, on la précise, on lui donne sa forme concrète, celle qu’elle va présenter au monde. Encore faut-il avoir un bloc brut à travailler… un peu comme un bloc de marbre :p
P.S. Et C’EST vachement difficile… Mais c’est quand même un plaisir. Michel Ange a dû s’éclater à voir son David fini, mais qu’est ce qu’il a du en baver pour le faire…
Des sculptures en bavant, ça me rappelle un excellent roman qui parle de mutants dans une métropole polluée… Eh bien le nom m’échappe, tant pis…
Désolé j’ai la flemme de te lire en entier, ton style pompeux me gave énormément, et tout ca pour dire que tu te presses le citron avant d’aller dormir et que tu oublies tout le lendemain… Extraordinaire…
Extraits :
“, lorsque j’ai été surpris par la surprenante facilité avec laquelle j’étais en train de composer mentalement deux articles difficiles qui me résistent depuis déjà deux semaines.”
“c’est honnêtement le seul moment pendant lequel j’arrive régulièrement à échafauder des idées géniales. Vantardise ma foi plutôt vaine, car si leur génialitude parvient à me toucher sur le moment, le lendemain tout s’est en général évaporé.”
“Après cette digression oiseuse, revenons au coeur du sujet. Je me suis donc rendu compte que cette aisance inhabituelle était justement due à l’absence de feuille (ou de clavier) devant moi.”
Je suis désolé mais commence par appeler un chat un chat, et ne te sens pas obligé de faire des phrases-vachement-ouf-avec-pleins-de-mots-de-plus-de-3-sylabes juste pour impressioner les rares internautes qui te lisent. Peut-être qu’alors tu auras un peu plus de facilité à écrire
Signé un internaute fatigué par les wannabes letreux qui pullulent sur internet :/
Tiens, que voici un commentaire original, qui sent très fort le DG. Je vais tomber dans le panneau et y répondre innocement.
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Je pensais être à mis à l’abri de ce genre de commentaire purement formel par la loi de l’offre et de la demande sur internet. Paf, c’est précisement l’inverse, quoi qu’on écrive il y aura forcément quelqu’un qui ne l’aimera pas. Encore pire pour le style, dont le goût est le moins partagé au monde. Bref, je n’aurais pas du répondre