Posted on Thursday 15 June 2006
Oui j’ai été peu prolixe ces derniers jours, plein de choses à faire, des exposés en retard, des sorties, et j’ai entrepris 4 brouillons qui avancent en parallèle avec donc des efforts divisés. Je pense m’orienter vers des articles moins fréquents, mais plus mieux.
Après avoir apprécié Aria d’une façon très inhabituelle, je me devais de faire un article dessus. Un article, pas une critique. Je n’ai pas envie de noter Aria, il est hors catégorie, imperméable au jugement chiffré. Et je mettrai des photos personnelles de Venise pour illustrer le propos.
Une fois n’est pas coutume, commençons par un petit résumé d’épisode, le plus beau, le douzième. Juste pour m’amuser. En plus il n’y a pas un seul résumé de cet épisode sur le vaste net ! Pas de capture, d’opinion, d’humour, que du texte pur et bourru.
C’est l’hiver, Neo Venezia est sous la neige, les clients se font rare et à l’occasion d’une séance de pelletage Akari se voit offrir quartier libre cette journée. On lui a conseillé un petit pont en bois dans les vieux quartiers, honoré du titre de “plus vieux pont de Neo Venezia”. On lui attribue une magie fantastique. Akari traverse une ville enfouie sous la neige, avec le président Aria sur une petite luge. Le pont ressemble aux ponts couverts des siècles passés, comme celui de Sleepy Hollow. Il est long et obscur, ajouré tel un vieux vêtement, et peuplé de chats perchés sur les poutres qui vous regardent d’un air soupçonneux. De l’autre côté, après cette traversée étrangement interminable, le climat a changé, la température est tempérée, la neige se fait discrète. On retrouve les belles couleurs de l’Automne qui illuminaient les épisodes précédents. Le canal est à sec. Au bord, sur une petite plateforme, une photographe tente maladroitement d’installer son appareil. Rencontre avec Akari qui essaye sans trop de succès de l’aider. La gaffeuse, Akiko, vient d’arriver de la Terre. Les deux sympathisent, et Akiko invite sa nouvelle amie à un thé chez elle. Conversion pleine de coeur - Les remarques embarassantes sont interdites - Eeeehh ? Après une préparation laborieuse, le repas est prêt, et la discussion s’ébahit des différences extraordinaires entre les deux côtés du pont. C’est là qu’Akari découvre sans le dire qu’elles viennent de temps différents, ce qu’elles avaient passé avec une naïveté impressionnante. Les deux se dirigent vers le canal, où l’eau doit couler pour la première fois. Après plusieurs échecs les années précédentes, la population locale attend l’évènement avec impatience. Coucher de soleil rougeoyant, tension déçue de l’attente, l’eau n’arrive pas. On discourt sur Aqua, planète faite maison, fruit des efforts de l’humanité. Finalement, l’eau arrive dans l’émotion générale ! “C’est comme si l’eau remplissait mon coeur en même temps”. Retour imaginatif sur une multitude d’images de la série sur Aqua, le rêve de ses habitants. Akiko dit adieu à “son avenir”, qui rentre à la maison le coeur gros.
Voilà, mon épisode préféré, je n’ai pas pu m’m'empêcher de verser une petite larme d’émotion heureuse sur la conclusion. La première fois que je l’ai vue, et même maintenant que je revoie la scène pour la quatrième fois. Elle aurait fait une merveilleuse fin de saison, beaucoup plus brillante qu’un épisode 13 trop convenu.
Il y a effectivement un quelque chose d’intemporel à Venise, dès qu’on s’éloigne un peu des grands axes les signes de la modernité se cachent timidement, et on se croirait volontiers 500 ans plus tôt si l’on veut bien oublier les bateaux modernes amarrés. Plus précisément, c’est exactement ce que j’ai ressenti sous la neige. C’est un spectacle plutôt rare auquel j’ai eu la chance d’assister, qui efface les irregularités récentes du paysage, cache les détails peu authentiques, assourdit les bruits de moteurs, et dont l’humidité froide nous rappelle à notre vulnérable condition qu’on aurait trop facilement tendance à oublier et qui nous rabaisse à ce dénominateur commun de l’humanité de tous les temps, la recherche d’un abri.
Coïncidence, Venise est une ville que j’aime beaucoup, et c’est un point où j’en veux un peu à Aria. Venise n’est certainement pas une ville-musée. Elle est certes infestée de touristes, mais héberge aussi une importante population active. La vraie Venise est un contraste permanent entre ces endroits hors du temps qui remplissent Aria et les grandes voies d’eau et piétonnes, très animées. Le vénitien se déplace à pied et en Vaporetto, le bus des canaux. Le grand canal vaut bien un boulevard parisien, et la gondole n’est qu’une (coûteuse) attraction pour touristes (d’ailleurs la photo m’y fait penser, il y avait profusion de touristes féminines japonaises). Les contraintes budgétaires, étant ce qu’elles sont, il est plus difficile de représenter cette autre réalité. Mais étant donnée la fidélité aux ambiances que j’ai souvent constatée, il est probable que les auteurs soient familiers de la ville, et même probablement amoureux. C’est peut-être l’esprit japonais qui diffère ici, mais nous autres européens n’aimons pas les villes musées. Et je n’ai pas été emballé par cette Venise bonbon aseptisée d’Aria, qui est plutôt fidèle visuellement, mais très loin en ambiance. Certes, elle a ses vertus à une fin contemplative, mais cela aurait été possible dans un contexte justement plus agressif. J’ai nettement préféré le Tokyo de Someday’s Dreamer, qui est lui vraiment vivant, un personnage principal caché de la série alors que Neo Venezia n’est en général qu’un décor. Bon, ça manquait aussi de pigeons !
J’aime beaucoup Venise, mais Aria ne porte bien sur pas que sur la ville. Quelque chose de merveilleux est cette innocence de tous les instants. Je me suis amusé, pour la science, à regarder des épisodes d’Elfen Lied avant, fort mauvaise série qui en appelle à tous les instincts sales du spectateur, le sang, la violence, le sexe. Juste après, Aria parvient à proposer un épisode d’onsen sans aucune arrière-pensée, prouesse extraordinaire dans le monde de l’anime. Comment y parvient-il ? C’est assez mystérieux, et je n’arrive pas vraiment à décrypter l’art délicat de la mis en scène là-derrière. Pas d’angle de vue douteux, pas de regards en coin, pas de gaffe suspicieusement malencontreuse, pas de personnage masculin égaré. C’est presque une parodie de la scène d’onsen classique.
Un petit mot sur les musiques d’Aria, qui sont à l’image du reste de la série, délicatement agréables. Je reste fanatique de Round Table et Nino. Anecdote, je me sers de musique sur mon pc comme réveil, et l’heureux élu est en général détesté après quelques matinées. Le rôle de bourreau du sommeil est fort ingrat. Mais pas pour Undine, ouverture d’Aria, qui remplit vaillamment son office depuis déjà un mois ! Je l’écoute toujours avec plaisir et délectation, même lorsqu’il signifie la fin d’une nuit forcément trop courte liquidée brusquement par la destinée d’un cours forcément pénible.
Encore un petit mot, sur les pré-résumés. C’est la première fois que je vois ce procédé narratif dans l’animation, ou tout du moins utilisé avec assez de talent pour se faire remarquer. La plupart des séries ont une preview en fin d’épisode pour allécher le spectateur contraint à la rude atteinte d’une semaine. C’est un exercice difficile, éveiller l’intérêt sans “spoiler”, et la plupart des séries y réussissent plutôt médiocrement, alors que pour d’autres, je pense notamment à Crest of the Stars, la preview est un petit chef d’oeuvre de concision dans la mise en scène et l’art de raconter. Aria fait la même chose en début d’épisode, pour présenter ce qui va venir. D’une manière extraordinairement légère, poétique, agréable, simple, avec des petites musiques qu’on oublie jusqu’au moment où l’on est conquis par leur qualité. Ces pré-résumés sont même encore plus goûteux juste après avoir regardé l’épisode en question !
Bon je ne suis pas satisfait de ce post, je ne suis pas vraiment parvenu à dire vraiment ce qui faisait la beauté d’Aria, à capter l’essence insaisissable d’une série originale, ce qui au final ne me surprend pas vraiment. J’en suis déçu, je reviens à ma conclusion de Le genre contemplatif, il est inaccessible de dire ce qui fait de cette série plus qu’un bon moment avant de s’endormir, une oeuvre d’art.


Tout à fait d’accord, Aria est un petit chef-d’oeuvre, et c’est l’une de mes séries préférées de la saison actuelle, si ce n’est ma préférée (désolé, Haruhi…).
J’adore l’ambiance calme et reposante, les musiques, les personnages drôles et attachants, et toutes ces petites histoires qui font ressentir la beauté de toutes les choses simples de la vie. J’aime beaucoup le côté optimiste de la série, qui arrive à trouver quelque chose de magique dans chaque chose.
Il est vrai que ces pré-résumés en début d’épisode sont assez bien faits pour intéresser le spectateur sans trop révéler. Il y avait ça aussi dans Kaleido Star. Encore une petite note sur le générique, qui est toujours accompagné d’une séquence originales à chaque épisode, au lieu de la même animation à chaque fois. Mine de rien, ça aide à apprécier le générique encore plus.
Mon seul reproche est qu’on ne voit plus beaucoup Athena, et encore moins Akira, dans la seconde saison. Je ne vois rien d’autre.
Bref, je suis fan.
Ouais, je vais en faire un mini site sous peu, me reste plus qu’à récupérer quelques images.
En tout cas, les décors sont de toute beauté, ça a quelque chose de photoréaliste !
Hein ? Ce sont de vraies photos ?
Ah…
[...] Prix du jury : Aria : Deux amateurs en ont déjà parlé, cet excellent animé reposant et souvent marrant tellement il est mignon est tout simplement parfait à visionner après une journée de merde. Chaque épisode (sortant à un rythme sporadique) me laisse rêveur et me transporte dans les méandres de Neo-Venezia. Un must pour les amateurs du genre contemplatif. [...]