Anime Fast Food

(Visited 1915 times) Posted on Tuesday 16 May 2006

Animes & Mangas Elucubrations

Ayant discuté toute la soirée d’hier avec mon sympathique compère bloggeur éditorialiste Raton laveur, dans le cours plus ou moins trollesque de la discussion est tombée la référence à un article de son cru qui m’avait gratté il y a quelques temps : Anime Fast Food. Tout enivré de nos idées sur le développement supputatif de la blogosphère française, des liens entres blogs sites, tout ça, je me décidai à pondre une sorte de “non mais moi jsuis pas d’accord”. Voilà, c’est dit. Bonne soirée.

Pour les loques qui n’auraient vraiment pas la force de cliquer sur le lien et découvrir par eux-mêmes un autre site qu’il est bien, j’en résume la substantifique moelle : amateurs de marathon, stakhanovistes du visionnage d’anime, votre foi est impure, le genre a été créé par épisode et la surconsommation n’entraîne qu’obésité et impuissance (comme la clope en fait). Autant je conçois très bien le stéréotype du beauf qui s’enchaîne ses <insérez une série mal vue ici, comme, hmm, Naruto !>, autant je me dois de défendre ma chapelle, étant moi-même un récidiviste des 26 épisodes enfilés en un week-end, que dis-je, une journée. Et comme, ô lecteur, tu as jeté un oeil curieux à ce blog et es arrivé à ce point de mon palabre, tu me considères encore comme quelqu’un de bien, hein, hein ?

En préambule, qui n’est nullement le renoncement relativiste qu’on pourrait y voir, je répondrais “ça dépend”. Il y a certaines séries que j’apprécie particulièrement au rythme d’un épisode de temps en temps. Pour prendre deux genres principaux, et des exemples d’actualité :

  • Les animes “avec suspense”, ex : Higurashi no Naku Koro ni. Une grande partie du plaisir vient de la macération inconsciente ou communautaire des stimuli diffusés plus ou moins habilement par le show.
  • Les animes “contemplatifs”, ex : Aria. En général sans scénario ou par épisode, on ne rate rien en espaçant les visionnages, au contraire cela permet de mieux apprécier l’originalité et le dépaysement.

Par contre pour le reste, non ! Je ne sais pas si je suis une exception, mais je préfère les journées de 10h de cours, j’en prendrais bien même 12 si cela n’impliquait pas de se lever à l’heure insultante de 7h. Quand je fais quelque chose c’est par grosses plages horaires. Je souffrirais plutôt de problèmes de “concentration inverse”, à force de faire trop de choses différentes en parallèle je les fais mal. Pour prendre un exemple de circonstance, je dois suivre environ 10-15 séries en fansub chaque semaine. C’est un peu trop, et je perds vite goût pour celles qui ne m’accrochent pas assez, c’est-à-dire qui ne sont pas assez marketingement correctes. Mais pourquoi regarder autant ?

Etant encore dans la condition bienheureuse d’étudiant (plus pour très longtemps), j’ai beaucoup de temps libre, que j’emploie à moult occupations, dont ma favorite du moment, regarder des animes. J’ai toujours eu un tempérament excessif, boulotant les livres en un ou deux jours, et sortant tout juste d’une année avec 100 jours de jeu passés sous World of Warcraft. Quant aux animes, devrais-je me sevrer volontairement alors qu’il y a tellement de choses passionnantes à voir ? En considérant que je ne suis pas encore dans le dilemme de l’otaku, que cette activité n’empiète pas trop sur le reste de ma vie, où tracer la ligne du “trop” ? Question angoissante pour n’importe quel fan de n’importe quoi. Ou, pour dramatiser la problématique, en quoi être un “bon fan” impose-t-il justement de limiter la caractéristique principale du fan, l’implication ?

Il y a quelque part inscrit dans nos gènes d’”otaku occidental” de ne surtout pas devenir un otaku à la japonaise, de rester propres socialement. De regarder des animes avec ses amis plutôt que tout seul. De respecter les séries. De leur trouver un sens philosophique profond, voire tenter de partager ces divagations sur l’intrawebz. C’est aussi un troll de niveau médiocre, mais l’anime est avant tout le carburant économique d’un fascinant monde parallèle qu’est cette subculture japonaise. Et pourtant si je suis en train d’écrire ceci, c’est que je suis bien convaincu que ce n’est pas que cela. Ah bon ?

C’est la question qui me hante depuis que j’ai inconsidérement voué ma vie aux loisirs. Je suis resté exactement comme quand j’étais petit, la recherche du plaisir guide mes choix. Je me fais peur, parfois je me pince la gorge et je pense à Oyashiro-sama pour voir si je suis bien vivant, et j’essaye parfois de la remplacer par d’autres mirages, comme la culture, le progrès scientifique ou philosophique, le reste du monde, mais j’ai beau avoir bien cherché, j’ai très moyennement trouvé. Me voici donc citoyen de la société du loisir, et en l’occurrence amateur d’animes. Et finalement, pourquoi pas ? Pourquoi devrais-je chercher autre chose qu’un bon moment ? Je préfère un bouquin les jours où je suis à la recherche de l’illumination intellectuelle. Suis-je donc un mauvais fan ?

Je l’affirme donc, j’ai plus de plaisir à regarder les animes en mode marathon. Je suis actuellement dans une phase de Legend of the Galactic Heroes, et je perdrais le fil de l’histoire si je devais la regarder au rythme de sortie des épisodes en OAV. L’ambiance s’imprègne mieux, les sacs de noeud de l’intrigue et les psychologies sont plus clairs, alors que de nombreuses pauses font oublier toutes ces subtilités. Va-t-on finir avec une conclusion relativiste sur les goûts en la matière de chacun ? Non ! En fait je trouve justement que le “marathon” est finalement le plus propice à la réflexion, et ce pour un premier visionnage. Pour moi “les idées” viennent au début d’une approche inductive, sur le moment. Je ne regarde pas un épisode pour me presser le cerveau après et en tirer un jus intellectualisant. Par contre sur le moment, ou après au hasard d’un détour de la pensée, j’ai parfois une idée intéressante. Et là j’ai un bon départ pour dépasser le loisir et analyser ce qui souvent mérite effectivement réflexion. Mais a-t-on vraiment besoin de cette étape pour apprécier une bonne série ?

Sur ces mots il cliqua sur “Publish” tout en caressant affectueusement son pack de Kro. Petit coup sur le canapé pour l’arranger, playlist d’une bonne dizaine d’épisodes. Hmmmm…

Et finalement il s’aperçut qu’il venait de pondre un plaidoyer intellectualisant pour une approche non intellectuelle de l’anime.


6 Comments for 'Anime Fast Food'

  1.  
    (Racine d'un certain chiffre)
    16 May 2006 | 3:13
     

    >L’ambiance s’imprègne mieux, les sacs de noeud de l’intrigue et
    >les psychologies sont plus clairs, alors que de nombreuses pauses font oublier toutes ces subtilités.

    Je suis plutôt d’accord sur le fait qu’en visionnant à la suite certaines séries (et ça ne se limite pas à l’animation japonais), la structure de l’intrigue et la progression psychologique des personnages sont plus claires (pour un peu que la série tienne la route). Cependant, comme Raton, je ne pense pas que ça soit vraiment plus “propice” à la réflexion, au contraire. Que ça ne permette une réflexion de meilleure qualité et plus juste parce que basée sur l’oeuvre complète (et pas des spéculations), d’accord.

    Mais niveau du volume de réflexions et de l’imagination, je pense que le format de visionnage ‘épisodique’ est clairement satisfaisant.

    Car je sais que c’est parfois une torture mais être obliger de suivre une série au rythme d’un épisode par semaine (voir à un rythme plus lent) est bien souvent la source de nombreuses réflexions. Parce que ce que j’observe moi, c’est des fans en manque, qui torturés par un cliffhanger, et impatients de voir enfin l’épisode suivant, prennent le temps (c’est à dire tente de le faire passer) en pondant des milliers de théories plus ou moins fumeuses sur l’identité du véritable Sawyer/sur le plan des Cylons/sur l’identité de celui qui a provoqué l’accident du bus/ insérez le MacGuffin de la série incriminée.

    Et ça devient même pire quand le fan en manque se sent obligé de patienter en revisionnant les épisodes précédents pour pallier son manque (et paradoxalement le renforcer), histoire de pouvoir percevoir cette fluidité dans la narration et les personnages que donne un visionnage consécutif.

    Il suffit de faire un tour sur les forums de site spécialisé sur les séries télé comme televisionwithoutpity pour voir une pléthore de fans en pleine réflexion. Mais bon, je pense aussi que c’est une grande différence entre les amateurs de produits télévisés US et ceux de produits nippon. D’ailleurs, les différences dans la “distribution/consommation” internet entre anglo/nippon par les fans français ferait un très bonne article chez Raton. Rien que sur la différence de traitement Manga/Comics et des sous-titres de Série TV/anime, il y a de quoi s’étonne du manque de cohérences de certaines pratiques des japonophile.

    Et ce débat sur le meilleur visionnage, c’est un peu celui de la différence entre gourmand qui prend sont plaisir à se goinfrer d’entrer et le pervers qui se torture tout seul en faisant traîner en longueur son repas. En te goinfrant d’épisode d’un seul coup, tu rates le plaisir très masochiste de les mater un par un. Surtout que rien n’empêche (à part le temps) les pervers de se les rematter ensuite tous d’un coup, histoire d’avoir le meilleur des deux mondes..

  2.  
    16 May 2006 | 4:32
     

    “en pondant des milliers de théories plus ou moins fumeuses sur l’identité du véritable Sawyer/sur le plan des Cylons/sur l’identité de celui qui a provoqué l’accident du bus/ insérez le MacGuffin de la série incriminée.” Oh la la ! Je n’ai compris que pour Sawyer… Mais en même temps, je ne suis pas trop série US (sauf les Simpsons), mais bon, Lost, remarquez, je suis bien placé pour parler, ça a été marathon pour la première saison en 1 semaine et la seconde au fur et à mesure, alors, ça vient peut-être de la série qui part dans 3000 directions en même temps, et avec un épisode par semaine, on oublie vite les intrigues mineures dont on ne parle pas pendant quelques temps. Maintenant, c’est sûr que niveau réflexion, ça y va.

    Et si les séries qui proposent un fil conducteur et un semblant de reflexion, il est plus intéressant de les regarder à raison d’un ép par semaine que dire des séries “tranches de vie”, je ne verrais pas trop l’intérêt de mater Azumanga Daio un épisode par semaine, je ne pense pas que le cerveau serait plus torturé pour autant. Idem, quand un nouveau coffret des Simpsons sort, j’ai tendance à me jeter dessus à corps perdu vu que la réflexion sur le futur de chaque héros, elle ne se pose pas trop dans ce cas…

    Bref, c’est ce que tu disais, Skav, en parlant d’Aria. On peut espacer les visionnages, ou au contraire les matter à toute vitesse sans pour autant perdre l’intérêt.

  3.  
    mauhiz
    16 May 2006 | 11:30
     

    Ca sert à rien de tenter d’optimiser la réflexion ou je ne sais quoi… C’est de l’onanisme cérébral, rien de plus. Si tu as envie de savoir ce qui va se passer, enchaîne avec le suivant, sinon, fais comme tu veux.
    Personnellement, j’attends avec impatience le One Piece hebdomadaire, et l’espacement des épisodes procure peut-être plus de plaisir. De même, un anime comme Mushishi te laisse après chaque épisode dans un état tel que tu ne peux pas enchaîner, ce serait de la goinfrerie ;)
    Cela dit, le marathon c’est bon aussi, même si “on en profite moins” au moins on suit ce qu’il se passe. Exemple boiteux : pouvez-vous regarder FLCL à un épisode par semaine et comprendre l’histoire?

  4.  
    (Racine d'un certain chiffre)
    16 May 2006 | 17:07
     

    >je ne verrais pas trop l’intérêt de mater Azumanga Daio un épisode par semaine,
    >Ca sert à rien de tenter d’optimiser la réflexion ou je ne sais quoi… C’est de l’onanisme cérébral, rien de plus.
    Le truc, c’est que cette “optimisation” est forcement volontaire mais aussi subit, pour la simple raison que ces séries sont diffusés au rythme d’un épisode par semaine. Le matage de série à la suite est plus tentant quand on récupère la série après diffusion.
    Et je suis d’accord sur le fait que ce genre de branlette intellectuelle ne va pas s’appliquer à toutes les séries; je pense juste que parfois un rythme de diffusion lent à des effets positifs sur la fanbase que le matage groupé n’a pas.

    >pouvez-vous regarder FLCL à un épisode par semaine et comprendre l’histoire?
    En même temps, FLCL c’est une OVA, pas une série télé. Mais pour l’info, Cartoon Network diffuse FLCL régulièrement depuis 2003 a raison d’un épisode par semaine et ça n’a pas empêché d’avoir un gros succès.

  5.  
    16 May 2006 | 23:45
     

    Ouais bin, que dire de Gunbuster 2 avec un épisode tous les 3 mois (quand le fansub ne prend pas de retard) alors que niveau scénario, ça vaut bien FLCL ? Autrement dit, celui-là, quand il est fini, je suis bon pour tout remater à la suite :p

  6.  
    21 May 2006 | 2:03
     

    Je ne matte que très peu d’animes, alors je sais pas trop… Merde, y’a Matt qui traine par ici, il va me griller…

    Et donc, je dirais : les 2 mon capitaine. En effet, comme déjà dit, ca dépend de bien des genres et des séries, pour certaines séries, l’attente ne serait-ce que d’une semaine est insupportable, mais là encore, ca dépend de bien des choses, sur certaines séries, c’est simplement parce qu’on aime, sans qu’il y’ait forcément un scénario complexe (Elfen Lied par exemple), d’autres, parce qu’on a hâte que ca finisse, d’autres encore, parce qu’on pige rien et qu’on aimerait bien comprendre (pour certains animes, même en finissant, on pige toujours rien d’ailleurs :p).
    Bref, être contre ou pour le mattage intensif d’anime ne reste, finalement, qu’un avis personnel, et je ne vois pas vraiment pourquoi on ne pourrait pas être considéré comme fan si l’on aime (ou pas) ce genre de pratique, comme le disait Skav, ca devrait dans ce cas s’appliquer à tout, livres, films, musiques, etc.

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