A la découverte de l’esthétique de l’animation (1)

(Visited 2915 times) Posted on Monday 3 July 2006

Animes & Mangas

Tout a commencé à la lecture de quelques posts récents de Japanese Otaku Lingo, un des topics les plus intéressants des forums Animesuki, où quelqu’un a évoqué lors d’une digression la qualité d’animation d’Haruhi, et donné incidemment le lien vers une liste d’animateurs célèbres. La réponse suivante, à ma grande surprise transformée rapidement en une demie approbation, modérait fortement non pas la qualité, mais l’artisticité et la vie de l’animation de la série, notamment brocardée comme “moe”. Et c’est là que je me suis dit que je passais depuis toujours à côté d’un domaine d’étude du monde de l’anime qui mérite sans doute un peu plus de curiosité de ma part.

Bref, voilà que je me pose clairement cette question : qu’est-ce que la qualité d’animation ? Qu’est-ce qui fait ce charme particulier du studio 4C que j’apprécie tellement ? Pourquoi Haruhi ne serait pas ce chef d’oeuvre de réalisation qu’on voudrait y trouver ? Je vais essayer d’éclaircir tout cela, toutes ces impressions que j’ai jusqu’ici ressenties confusément sans aller plus loin, au gré de mon carnet de recherches sur le sujet.

Evidemment, il y dans cette démarche une volonté de “casser la magie” qui déplaira à certains, dans ce cas n’allez pas plus loin. Je reste un scientifique, plus terrifié par les pouvoirs fabuleux de l’inconscient que par les désillusions et une rationalisation excessive des sentiments.

Cette série comprendra plusieurs chapitres, qui je l’espère éclaireront aussi bien le lecteur que l’auteur à la découverte de ce qu’est cette fameuse qualité d’animation.

Vu qu’il faut commencer par quelque chose, pelleas.net me semble un bon départ, avec notamment sa liste des “superanimateurs” et leurs meilleurs morceaux de bravoure. On y retrouve d’ailleurs pas mal de commentaires de Tsuka. Par contre déception, après quelques heures de lecture je ne suis pas arrivé à trouver de justification générale au label “de qualité” que “c’est bien” ou “c’est original”, et notamment aucun critère clair permettant de séparer le bon grain de l’ivraie. Alors, a-t-on affaire à l’un de ces cercles snobs dont le graal est une culture commune et obscure qui devient l’étalon du beau et du bon ? Où le jeu est de devenir les noms des animateurs de telle ou telle scène ? Un peu, un peu, mais pas complètement non plus. D’une part, esthétiquement, je dirais qu’il y a quelque chose de difficile à exprimer derrière tout cela, d’autre part j’ai quand même réussi à trouver quelques éléments intéressants :

  • Les volumes, l’occupation de l’espace
  • La continuité du mouvement
  • Les perspectives extrêmes

J’ai quand même retiré pas mal de choses de toute cette lecture, et notamment sur le fonctionnement du monde de l’animation. Manifestement aux prolétaires du crayon se mêle une population plus artiste qui ne reste pas attachée à un studio, et fait des scènes par ci par là, voir des épisodes entiers ou des courts-métrages pour les plus l33t d’entre eux. Bref, on aurait tendance à l’oublier, mais ce qu’on regarde est aussi fait par des êtres humains. On retrouve des styles très particuliers, des touches reconnaissables qui font presque dire aux connaisseurs “hmm, du Matsumoto 82″. Je me suis retrouvé des goûts communs, par exemple j’avais été impressionné par les réalisations de Noein, Windy tales, Paranoia agent, FLCL, par contre pas convaincu par Mind Game qui reste plutôt prétentieux mais vide à mes yeux, à la fois scénaristiquement et artistiquement.

Finissons par les analyses de quelques morceaux, ici sur Youtube, mais je recommande aux gens de trouver des version de meilleure qualité pour apprécier l’animation à sa juste valeur.

Daicon IV, Gainax

Considéré comme un chef d’oeuvre de l’animation pour son époque. [wikipedia]. Tout d’abord, le cadrage. La vidéo vit littéralement au delà des frontières de l’écran, les personnages bougent à l’extérieur des bordures, avec souvent une “caméra fixe” dépassée par le mouvement général. Deuxième point qui me frappe, ce mouvement permanent, et notamment les axes. Soit l’image soit le personnage bouge selon des axes clairement identifiables, d’un mouvement constant et régulier mais entrecoupé de pauses et plans fixes qui marquent le rythme. Exemple : première scène, le combat, qui alterne les diagonales et les horizontales. Scènes de l’épée, avec des axes de mouvement très clairs. J’ai été particulièrement impressionné par l’apocalypse nucléaire vers 3:05, qui a un talent particulier pour retenir le temps au moyen d’une qualité d’animation exceptionnelle.

Densha Otoko opening

Hommage à la vidéo précédente, le générique de Densha Otoko. Je suis un poil déçu par le choix des couleurs pastel, notamment l’espace bleu, j’aurais aimé plus de contraste. Par contre côté animation et scénaristique, waou. Déjà on retrouve l’extraordinaire dynamique de la vidéo Daikon IV, en encore mieux à mon avis. La caméra est beaucoup plus dynamique, grâce au meilleur budget de production. J’ai remarqué le rôle particulier des “images instantanées” (terme de moi, il doit y en avoir un officiel), celles qui sont trop rapides pour qu’on les voit vraiment, mais n’en impriment pas moins l’esprit, par exemple la fille de face qui décolle du train, la “tresse” qui se sépare, ou le vaisseau spatial - chou.

Pour le plaisir, une petite comparaison entre les deux : http://youtube.com/watch?v=g5M7PVAgN9E&search=densha%20otoko

Best of Norio Matsumoto

Des extraits très dynamiques, avec des mouvements à la fois extrêmement réalistes et fantastiques de par leur mise en scène. Bon, c’est relativement long et il y a tellement de scènes particulières que j’ai du mal à trouver un commentaire général pertinent.

Pour la suite, je me lance dans les jours prochains dans http://www.catsuka.com/interf/forum/viewtopic.php?t=3955, qui a apparemment beaucoup de matériel d’étude pour le newbie que je suis. Je manque par contre encore beaucoup de contenu analytique, si quelqu’un en connaît je serais très intéressé.

Il faudra aussi que je lvl up en japonais pour suivre Anime Style, mais j’ai l’impression qu’il y a plein de trucs par là.


6 Comments for 'A la découverte de l’esthétique de l’animation (1)'

  1.  
    3 July 2006 | 19:57
     

    Les critères d’évaluation que tu évoques sont très intéressants.

    Personnellement, je segmente la qualité d’un anime selon les points suivants :

    Animation : fluidité des mouvements, qualité des mouvements de caméra, animation de l’environnement

    Chara Design : Originalité et qualité des personnages

    Réalisation (qui recoupe aussi la mise en scène) : qualité des enchainements, richesse des transitions (et leurs nombres), liens logiques entre les scènes, variations et utilisations des différents plans

    Scénario : énième variation d’un harem shojo, de mécha baston ou réelle prise de risque avec un thème original.

    Les trois premiers points sont toujours à replacer dans le contexte et l’époque pour être réellement appréciés, seul l’histoire est atemporelle (une bonne histoire le restera toujours)

    C’est plus ou moins la grille de lecture que j’utilise personnellement. Les critères se compensent entre eux selon le cas (une excellente histoire pour moi vaut tous les animateurs du monde)

    Bien entendu, “l’esthétisme” à proprement parlé relève également de l’inconscient et des goûts de chacuns donc on ne peut pas forcément tout faire entrer dans des cases.

    En terme d’animation quelques chefs d’oeuvre de mon point de vue :
    => Blanche Neige qui tombe sur la maison des 7 nains, des dizaines de pitis nanimaux kawaii animés TOUS EN MEME TEMPS… bref, on comprend où sont passés les 600 animateurs du film.

    => Chiyoko Millenium Actress : La scène de la gamine qui tombe dans la neige (la première fois que je voyais de l’overanimation), assez bluffant.

    => Perfect Blue : La scène où Min Mei fait son show. .L’animation du groupe qui danse est *woaw*

    => Tanuki Pompoko : hem, je dirais tout le film vu qu’animer une armée de Tanukis en furie est un bel acte de bravoure, surtout pour l’époque.

    => Akira, la scène du motard qui tombe de sa moto et qui roule au ralenti sur le sol.

    En terme d’esthétisme, la question est plus difficile car elle fait appel, selon moi, à une forme de subjectivité d’une part et à l’agrégation des points cités plus haut.
    Je citerais néanmoins:
    “Magnetic Rose” (combo Morimoto et Kon avec le studio 4°C)
    “Kumo no Mouko” (et les oeuvres de Makoto Shinkai dans son ensemble)
    “Tamala 2010″ (un collectif d’artistes)

    Bon, c’est jeté un peu sur le pouce en rentrant du bureau, ça mérite plus amples réflexions.

    PKRG, piégé par les sujets ouverts

    ps : excellent extrait en tout cas, surtout celui de Matsumoto

  2.  
    Lyn Annouilh
    3 July 2006 | 21:05
     

    Moi je m’étendrais pas, je dirais waa, joli l’article :p

  3.  
    4 July 2006 | 8:40
     

    je dirais que la qualite de l’animation est proportionnelle au budget (facile), car plus de moyens permet de consacrer plus de ressources a la qualite des couleurs (elements mobiles/fixes), des animations 3d (entre un truc pro et un premiere..) et surtout la quantite des prises de vues (et donc des dessins).

  4.  
    4 July 2006 | 14:14
     

    Aaaaaa hérésie, justement la trame de tout cet article est qu’au delà du budget il y a des vertus créatives et artistiques qui font justement tout cette qualité que je recherche.

  5.  
    mOrPHiNe
    5 July 2006 | 6:28
     

    Peut être que tu recherches au mauvais endroits les vertus créatives et artistiques? 600 personnes travaillant à temps plein sur une animation, ça donnera une bonne animation. L’image ne sera pas pour autant belle, et l’animation obtenue n’aura peut être aucun charme. Mais au niveau technique et au niveau complexité tu dépasses sans la moindre difficulté les productions à moindre budget.
    Je pense comme mauhiz que pour la partie “animation” le principal est dans le budget consacré (nombre de personnes, temps consacré, matériel utilisé). Celui qui choisit les effets, leur enchainement, etc est selon moi un artiste, mais toute la partie technique derrière est dépendante des personnes (sous payées dans des boites d’animation) qui vont s’arranger pour que ces grandes idées aboutissent à x images par seconde.
    Pour moi l’auteur exprime par des mots une impression, le chef de la section animation traduit cette impression en tout un tas d’effets, et quelques trames clés, et ces effets seront eux réalisés par toute l’équipe anonyme derrière.

  6.  
    5 July 2006 | 9:54
     

    J’avais compris ! Mais si tu observes la différence de qualité entre un OAV (a priori peu limité dans le temps) et une série qui a force de régularité n’a plus le temps de bien préparer ses épisodes (je cite One Piece, Meitantei Conan, et par le passé Inuyasha ou Dragon Ball), tu t’aperçois que la qualité est vraiment liée au temps/budget, alors que la créativité artistique donne des résultats variables : on peut passer des thèmes de One Piece (qui varient chaque saison quand même), toujours créatifs, mais pas spécialement jolis, à la réalisation d’un Kumo no mukou : Yakusoku no bashou, qui n’est pas forcément beaucoup plus artistique ou innovant, mais dont la qualité est indéniable. C’est valable pour les vieilles séries aussi : si logh est tellement bien fait, c’est probablement parce qu’il s’agit d’un OAV et non d’une série TV.

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