Posted on Wednesday 25 March 2009
Je ne sais pas trop par quel hasard je suis arrivé sur l’article suivant : So You Wish to Pillage our Homeland? OK, but…. Je me dois de réagir. En particulier l’évidence ordinaire me fait tiquer :
Globalization leads to the homogenization of minds.
L’échelle historique étant le siècle, comparons 1909 et 2009. Le Français moyen de 2009 est certes relativement proche culturellement du Japonais moyen de 2009, beaucoup plus que le Français de 1909 avec le Japonais de 1909. Le Français de 2009 est même sans doute plus proche du Japonais de 1909 que le Français de 1909, et le Japonais de 2009 plus proche du Français de 1909 que le Japonais de 1909. Mais … de quelle culture parle-t-on ? Prenons la définition de l’UNESCO suggérée par wikipedia :
Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.
Le doute me saisit, car si l’on remonte un peu plus tôt que 1909 :
- Les arts et les lettres sont l’apanage d’une petite élite, et principalement inaccessibles à la majorité de la population.
- Le mode de vie dominant est celui de l’agriculture de subsistance.
- Les droits fondamentaux de la majorité de la population sont réduits à leur plus simple expression.
- Les systèmes de valeurs, traditions et croyances sont, à très gros traits, construits autour de la religion qui appuie l’organisation sociale.
Ainsi l’évolution principale des esprits me parait plutôt leur libération par le progrès économique (et la mondialisation qui va plus ou moins avec ? Lourd sujet qui n’a rien à faire ici).
Je schématise outrageusement, et l’on m’opposera des milliers de contre-exemples, et toute l’étude de l’histoire culturelle, mais il me semble que la culture était assez uniforme dans le monde pré-industriel par rapport à maintenant, en ce sens que le paysan japonais de 1809 (pour reculer un peu) est beaucoup plus proche du paysan français de 1809 que ne l’est notre Français moyen de 2009. Ce qui semble vraisemblable en regardant la culture au sens large et de très loin me paraît plus discutable sur l’échantillon réduit de la culture “art et lettres” qui nous parvient. On y trouve quand même plus de similitudes que sur une “distribution aléatoire” des caractéristiques.
Après il y a l’effet évident de la mondialisation : la culture de quelque part se transmet plus facilement ailleurs. Évidence dangereuse : cette culture en devient influencée par “ailleurs”. La culture mondialisée telle qu’on peut la vivre est extrêmement mouvante et s’adapte naturellement aux spécificités locales. Le mac teriyaki au Japon ou la poutine à la place des frites au Québec. Évidence dangereuse : on l’associe trop facilement à des pays, qui nous permettent de calquer nos modèles mentaux périmés de guerre entre états-nations. En particulier la mondialisation a souvent lieu beaucoup plus à l’échelle régionale que mondiale.
Mais l’autre effet est de créer de la diversité à l’intérieur d’entités qui étaient principalement uni-culturelles. Pas forcément des pays, mais des régions, des communautés, qui sont brassées ou influencées par une culture extérieure. Dans la littérature on parle d’hybridisation ou de glocalisation du monde. La différence culturelle entre mon voisin et moi a fortement augmenté, ce qui me parait beaucoup plus important pour ma vie que le rapprochement concomitant entre le Japonais moyen et moi. Plein de conséquences que je ne détaillerai pas ici, et qu’on classera volontiers dans des catégories “positives” ou “négatives”.
Résumons :
- La culture s’affranchit des contraintes de survie : facteur de diversité
- La culture d’un endroit se répand plus facilement à d’autres : facteur d’uniformité
- La culture à l’intérieur se diversifie en raison des influences extérieures : facteur de diversité
Quel effet agrégé ? Aucune idée. Mais il me semble imprudent de parler trop rapidement de l’uniformisation des cultures. Et tout aussi imprudent d’utiliser le niveau “pays” pour son raisonnement. Et de présenter la perte de diversité comme un mal en soi si elle résulte d’un choix plus ouvert :
quel effet pour l’individu ? J’ai le choix. La mondialisation me donne accès à des dessins animés japonais, des séries américaines, des films indiens, de la philosophie boudhiste … Mieux, le brassage qu’elle crée me permet de faire mon choix sans devenir un paria au sein d’une société uni-culturelle. A moins de considérer la culture comme un concept figé, l’individu me paraît gagnant, et en particulier le lecteur moyen de ce blog.
Pour finir sur l’article, il me semble que l’utilisation de noms de cultures étrangères est parfaitement anecdotique, et pas particulièrement nouvelle. On va chercher l’inspiration de noms exotiques où l’on peut. Pour reprendre l’exemple proposé, je ne pense pas que l’origine de quelques noms de Last Exile le rende plus agréable à ma maman, professeur de latin de son état. Ni que cette origine ne m’ait apporté quoi que ce soit à son visionnage. Ni qu’elle ait particulièrement homogénéisé ma culture ou celle de ses spectateurs japonais.





